Analyse | La présidence Trump, une téléréalité en direct
Depuis le 20 janvier, une nouvelle téléréalité a envahi tous les écrans de tout format, partout dans le monde. Appelons-la Trump 2.0. Ce spectacle a tous les ingrédients du succès pour captiver toutes les audiences, avec des personnages hauts en couleur et des rebondissements incessants. La seule différence, c’est qu’il s’agit de la réalité tout court. Il y a plus de 20 ans, l'émission de téléréalité de Donald Trump The Apprentice a permis de redorer son image de magnat des affaires, ce qui a probablement aidé à le propulser à la présidence des États-Unis quelques années plus tard. The Apprentice, diffusée sur le réseau NBC de 2004 à 2017, a attiré en moyenne 20 millions de téléspectateurs par semaine et 28 millions pour la finale de la première saison. Rappelez-vous, cette émission mettait aux prises des candidats qui avaient la chance de gagner un emploi pour promouvoir une des propriétés de Donald Trump, avec un salaire de 250 000 $. Chaque semaine, des candidats étaient éliminés de l'émission avec la phrase fétiche de Trump : Après une première présidence marquée par les nombreux Donald Trump prononce un discours lors d'une réunion du cabinet à la Maison-Blanche. Photo : Getty Images / Andrew Harnik Dans le décor de réunion du cabinet qui ressemble à une séquestration à la Le bureau ovale s’est, lui, transformé en plateau d'American Idol, scène obligatoire de passage pour séduire Trump, le juge suprême, parfois aidé de son équipe de redoutables juges associés sur le divan d’à côté : J.D. Vance, Marco Rubio et parfois Pam Bondi. Les participants se soumettent au couperet implacable de la désapprobation en cas de À la manière de candidats, les chefs d'État et les leaders de l'étranger subissent leur examen de passage dans le bureau ovale devant les caméras. Photo : Getty Images / Andrew Harnik Tel un homme d’affaires œuvrant parfois au sein même du bureau ovale, Elon Musk est l’impitoyable Ces derniers jours, Donald Trump lui-même semble avoir adopté la course autour du monde à la Amazing Race pendant sa grande tournée au Moyen-Orient, affirmant qu’il revient avec des centaines de milliards de dollars de contrats pour l’économie américaine. À la clé, gagnera-t-il finalement le prix personnel tant convoité : un jet de luxe? Avec son imposition de tarifs douaniers intermittents (tarifera? tarifera pas?), les candidats que sont Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, et Scott Bessent, secrétaire au Trésor, doivent souvent répondre à la question incessante : Lors des points de presse de la Maison-Blanche, la porte-parole de Donald Trump, Karoline Leavitt, joue parfois le rôle d’animatrice de Jeopardy ou de Star Académie avec les Les médias, tout comme le public, se lasseront-ils des rebondissements incessants générés par la Maison-Blanche? Photo : Getty Images / Chip Somodevilla Enfin, la fameuse Roue de fortune ( Qui veut une casquette Des chapeaux «Gulf of America» sont posés sur une table alors que le président américain Donald Trump tient une réunion avec son cabinet. Photo : afp via getty images / JIM WATSON Ce n’est pas un hasard si l’attrait de la starification de la télévision est si fort au sein même de l'administration Trump. Le président a puisé énormément dans le réservoir de Fox News. Plus d’une vingtaine d’animateurs ou de collaborateurs du réseau si proche de la Maison-Blanche républicaine font partie de ce deuxième mandat de la présidence Trump. Pam Bondi est une nouvelle figure populaire au sein de l'administration Trump. Photo : Getty Images / Andrew Harnik Outre Pete Hegseth à la Défense, Tulsi Gabbard au Renseignement national, Dan Bongino au FBI et Tammy Bruce comme porte-parole du département d’État, Trump a nommé les animatrices de Fox Jeanine Pirro au poste de procureure intérimaire à Washington ainsi que Maria Bartiromo et Laura Ingraham au conseil d'administration du Kennedy Center for the Performing Arts à Washington. Il ne faut pas oublier Tom Homan, le Parmi la distribution des vedettes montantes de toute cette téléréalité trumpienne, Pam Bondi et Kristi Noem figurent en tête d’affiche. La première, puissante procureure générale, aussi responsable du département de la Justice qui supervise les agences fédérales chargées de l'application de la loi telles que le FBI ou la DEA, monte toujours aux barricades pour vanter son patron. Lors d'une réunion du cabinet, le 30 avril dernier, Bondi a affirmé de manière stupéfiante qu'au cours des 100 premiers jours du mandat de Trump, la saisie par son département de 22 millions de comprimés de fentanyl – sur instruction du président – avait permis de sauver plus de 258 millions de vies. Rien de moins. De quoi faire rouler les yeux, mais dans le monde de Trump, ce sont des formules chocs qui frappent. La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, s'exprime lors d'une visite du centre d'internement pour terroristes, alors que des prisonniers se tiennent debout, regardant à l'extérieur d'une cellule, à Tecoluca, au Salvador. Photo : pool/afp via getty images / ALEX BRANDON La deuxième, Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, est sans conteste l’une des membres du cabinet qui a adopté l’approche Les mises en scène sont soigneusement préparées avec des costumes toujours appropriés et elle est souvent placée dans des décors qui illustrent le message qu'elle essaie de faire passer. Elle est en quelque sorte la vedette montante d'un drame de l'administration Trump qui se joue sur l’un des canaux officiels du gouvernement. Mais comme pour toutes ces vidéos, le public visé demeure le producteur responsable de l'émission la plus importante : Trump lui-même. Le ton de ce texte est peut-être léger, mais sur le fond, on n’est pas loin de la fascination pour le spectacle d’une bonne vieille série télévisuelle qu’on ne peut pas lâcher et que les spectateurs dévorent, en faisant du visionnage boulimique (le fameux binge watching). Cette suite effrénée d’épisodes quotidiens remplis de rebondissements incroyables ou improvisés va-t-elle lasser le public et les médias qui diffusent parfois in extenso cette saga en direct? Une chose est sûre, constitution oblige et n’en déplaise au À moins que Trump lui-même, par quelque truchement, parvienne à changer les règles et à convaincre le public d'avoir une saison Vous êtes viré.
You're fired
au sein de son cabinet, Donald Trump semble s'être lancé dans ce deuxième mandat comme dans un marathon de téléréalités et de jeux télévisés transposés à sa gestion quotidienne.
De
grosses productions
en directBig Brother
ou à la Loft Story
, chaque membre se doit de déclamer son admiration profonde pour le maître du jeu qu’est le président. Celui qui chante le mieux ses louanges et n'exprime jamais de dissensions aura la vie sauve. Sinon, comme dans Survivor, il sera expulsé de l’île
présidentielle.scènes
. Le candidat Zelensky y a sérieusement goûté. Cela va être de la grande télévision
, a même dit Trump ce jour-là. Les Keir Starmer et Mark Carney de ce monde s’en sont sortis avec la note de passage, à coups de flagornerie bien dosée.
Mister Wonderful
de Shark Tank, le richissime milliardaire plénipotentiaire qui passe en revue la gestion des candidats devant démontrer que leur département gouvernemental ne gaspille rien, sinon le DOGE coupera tout à la hache. En coulisses, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos et autres multimilliardaires sont impatients de rejoindre l’équipe de cette production.À la ronde des jeux télévisés
Deal or no deal?
Encore là, c’est Le Banquier
Trump qui doit trancher, au gré de ses humeurs et de négociations censées se dérouler en coulisses avec les pays récalcitrants.nouveaux médias
, partisans trumpistes à peine déguisés en journalistes. Selon l’annonce qui doit faire la nouvelle du jour d'après Trump, les candidats influenceurs
reçoivent des indices sous forme de réponses de la messagère de la Maison-Blanche pour leur souffler la bonne question à lui poser.
Wheel of Fortune
) a toute sa place dans cette présidence où les partisans sont invités à participer non pas pour gagner des prix prestigieux, mais pour partager leur aumône afin de remplir les coffres de celui qui fait tourner la roue.Gulf of America
ou une Trump Gold Card
, qui n’est même pas une carte de crédit avec des privilèges, mais bien une vulgaire carte métallique avec votre nom dessus? Il y a aussi les cryptomonnaies Trump que le président n’hésite pas à promouvoir sur ses réseaux sociaux. Sans oublier cette vente précipitée spéciale de véhicules Tesla directement sur la pelouse de la Maison-Blanche. Parsemons le tout de repartages
de mèmes honorant l’ubiquité de Trump en jedi ou en nouveau pape et la machine à promotion s’huile d’elle-même.
De nouvelles vedettes sur mesure

tsar des frontières
, contributeur de Fox, ou encore Sean Duffy, actuel secrétaire aux Transports, vedette d’émissions de téléréalité populaires sur MTV il y a bien longtemps, et plus récemment coanimateur de l'émission The Bottom Line sur Fox Business.Mises en scène soignées

téléréalité
avec le plus d'enthousiasme. Elle a littéralement transformé son fil d'actualité sur les médias sociaux en une émission de téléréalité sur la répression de l'immigration.maître du jeu
, ce sera en tout cas l’ultime saison finale du règne de Trump à la Maison-Blanche dans 1345 jours (nouvelle fenêtre).hors-série
.
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